Amel et ses tatouages. Bienvenue à l’école paternelle.

Amel

Tous les matins, j’amène mon fils ainé au jardin d’enfant de Sofienbergparken, à Oslo. Vous y trouverez Amel, un hipster barbapapa à la panoplie complète : barbe, casquette, tatouage. Mais attention, le tatouage c’est pas une étoile avec trois chiffres romains, le prénom de sa copine ou un slogan vu et revu du type « veni, vidi, vici ». Non, non : griffes, serpents, dragons et tête de mort.

La tête de mort, elle tue.

Notre relation avec Amel a débuté sur un malentendu : j’ai cru que c’était le père d’un autre enfant alors j’ai dit « cool le tatouage ».

Mais après j’ai compris : tu travailles ici !? En fait c’est toi qui va t’occuper de mon fils toute la journée ? Ah d’accord. Le tatouage, c’est pour lui apprendre le nom des dinosaures en lui montrant ton bras ? Et puis le squelette humain aussi. C’est pratique en fait, c’est une méthode Montessori norvégienne ?

Pas si mortel le tatouage finalement.

Spontanément, je n’avais pas associé Amel à un personnel enseignant. Peut-être parce qu’en France on appelle ça l’école « maternelle » alors je m’attendais plutôt à voir des femmes s’occuper de mon fils. Je rappelle la définition de materner : traiter quelqu’un comme une mère. Ça a dû jouer dans mon inconscient. Et puis, dans mon vécu j’ai jamais eu d’homme enseignant avant l’école élémentaire.

A côté d’Amel se trouvait Vegard, le chef d’équipe pédagogique. Dans le département d’à côté travaillent Bobby et Jonas. Je suis dans un jardin d’enfant ou sur un ring de boxe ? On est envahi d’hommes. Faudrait appeler ça l’école paternelle. En France, ça donnerait des phrases du type : « Attends, j’amène mon fils à la paternelle et j’arrive au boulot. » Ou en ce moment « Ils font grève à la paternelle. »

Je me suis renseigné pour savoir si le jardin d’enfant de mon fils était une exception. En France 1,5% du personnel en crèche et maternelle sont des hommes. En Norvège, ils sont 10%. L’Etat a des objectifs : 12% l’an prochain. Il réfléchit à instaurer des quotas d’hommes dans les métiers de la petite enfance. Les responsables de crèche essaient ainsi de recruter davantage d’ hommes. Histoire d’avoir plus de tête de mort.

La suite, tu t’en doutes : je n’ai pas besoin de te faire un tatouage.

La perception des enfants sur le rôle du père et de la mère à la maison est pas le même quand le personnel de crèche est mixte. Les enfants adorent les femmes qui travaillent, mais qui est le préféré de tous ? Amel. Quand Amel a une casquette, tous les enfants veulent une casquette. Quand Amel veut jouer au foot, tous les enfants le suivent. Quand Amel lit une histoire, quand Amel fait de la luge, quand Amel dit qu’il faut ranger les jouets.

Alors, quand mon fils me demande : « Papa est ce que je peux avoir un tatouage comme Amel ? ».

Tu te doutes bien de ma réponse.

Bien sûr que oui…

… mais moi d’abord !

J’ai demandé à Amel: comment as-tu choisi le travail dans le jardin d’enfant ?

« Quand j’étais petit, j’ai grandi en Bosnie et je me souviens que des grandes tantes s’occupaient de moi. Je m’ennuyais et je trouvais ça parfois monotone. J’ai envie de donner à la nouvelle génération une enfance joyeuse et équilibrée. Ici, je donne plus d’énergie que mes collègues femmes, plus d’action. Certains enfants ont besoin de ça. J’apporte quelque chose de complémentaire. »

Je lui ai dit qu’en France tu travaillerais dans une école dite « maternelle ». Il a cru que c’était une blague. J’ai dit « Non c’est pas une blague », peut être que ca l’a vexé? Enfin, ca va y a pas mort d’hommes. Ou bien?

On ne remerciera jamais assez Amel et tous ces hommes qui travaillent dans les métiers de la petite enfance. Ils construisent une nouvelle norme qui inclut tous les pères dans l’éducation de leurs enfants. Comme si sa tête de mort nous rendant vivant.

Alors merci Amel. Tu me réconfortes dans mon choix de 5 mois congé paternité et dans ma doctrine du moment : c’est d’abord l’homme qui est l’avenir de l’Homme.

Ainsi soit-il.

Amel.

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